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Question de style

J’ai testé ce week-end toutes mes couleurs. Nous sommes – à force de routine – à vouloir nous défaire de quelques automatismes. Les contrastes dans mon fond, j’en ai beaucoup. Alors je dois apporter quelque chose d’autre pour le changer. Et lui donner de la liberté. Je me sens naturellement portée par les harmonies. J’ai envie de nourrir mon univers par l’aquarelle. Le premier nuancier se voulait compliqué : couleurs froides et couleurs chaudes. C’était une erreur. J’ai vu la différence ensuite. Cela me permit d’éliminer les excès.

Concernant le nombre de couleurs et le nombre de rayons, je ne me suis pas laissée imposée le douze. Le nombre de rayons comme le nombre de directions fut le fruit d’un heureux hasard. Dans ma boîte de peintre, tout est là pour créer un moment magique.

Trente six couleurs au total. Trois cercles. Un premier pour les jaunes. Un deuxième pour les bleus. Un troisième pour les rouges. Arrivée à la fin, j’ai tracé les contours au feutre. Sa représentation me demande une nouvelle réponse au problème que j’ai à résoudre sur feuille. J’ai encore beaucoup à éliminer des automatismes pris avec mes carnets de croquis. Trop de traits, trop de charges. C’est un vrai travers que j’ai à intérioriser. Faire bon usage de ce qui est censé faire du bien à celui qui regarde la peinture, est-ce la vraie vie ? La fiction du quotidien, de la rue serait son introduction.

Depuis une volonté extérieure, cinq couleurs en trop m’ont donné envie de jeter sur feuille l’expression de ma personnalité.

Nuit américaine

Célébrer le feuillu m’a inspiré un tour sous les arbres avant de rentrer. Je croyais être une girafe venue manger son repas de feuilles fraîches. Malgré la chaleur, un air frais passait par là et me fis lever le nez. J’ai cueilli quelques feuilles en pensant à Lugnasadh comme un rêve d’un très lointain pays. Je l’ai invité dans le lit, près de la tête comme pour l’entendre me parler de sa nuit en forêt. Divin.

La chaussure du cours

La chaussure. Je change de place. On dirait que même l’heure d’arrivée est calculée. Il y a quelque chose de très snob. C’est bizarre, on n’est pas au lycée au sens officiel mais les plus jeunes atterrissent pour certains d’une salle voisine comme en rattrapage. Deux filles font les clowns, elles n’arrêtent pas de parler. Je suis à gauche d’une femme qui a à peu près mon âge. La consigne était de venir avec une chaussure. J’ai pris mes bottines. J’aurais préféré quelque chose que je n’ai pas : des escarpins. Tout sauf la basket.

Dans le premier temps, on met dans une vignette les différents angles de la chaussure. Se la représenter en 3 dimensions. Le prof est très encourageant. Cela évoque le modélisme. Et la numérisation. Je commence à mieux percevoir ce qu’il fait avec chacun. Il bouge en continu. Pour éviter d’accélérer le cours, il part de la salle. Il dit fumer mais ne sent pas la cigarette. Il sent très bon, c’est le deuxième cours, il a déjà pas mal transpiré. Il change souvent d’apparence, c’est très miroir comme comportement. Il est un peu nous tous. Ses yeux, il repart au début et change d’œil directeur. Il est sur nous et met tout le monde au même rythme.

Je suis avec ma chaussure certaine qu’elle rentre dans la feuille. J’applique la fenêtre au mot prêt et cela fonctionne à merveille. Mon dessin est trop grossier, je ne m’énerve pas. Il y a des motifs comme les écailles d’un crocodile. Je pense à Magritte et son tableau sur les chaussures-pieds et l’arbre. Je ne vois pas la même chose depuis mon modèle. Je vois ce crocodile monter et chatouiller mes dessus de pieds. Cela me démange de les masser pendant que je les dessine. Les plis qui se sont formés m’aident à créer des déserts. J’ai besoin d’aide. Je vois mon crocodile me quitter. Il ne me reste de lui que cette peau usée transformée en chaussures. Je trouve mon corps mou, ça ne va pas. Il y a du sable dans la tête et ces chaussures qui déforment mes pieds. Je mets un crayon plus gras, essaye d’oublier Alexandrine. Je n’ai pas trop besoin de prendre ce temps pour savoir ce que je représente. C’est après qu’il faut mettre pause sur le défilé des pensées qui sont venues en dessinant. Je voudrais la refaire.

Le prof arrive, s’assoie et me montre les 3 points qui l’intéresse. Je sens mon pied aller mieux. Il insiste sur la dimension, l’exactitude, les proportions. Mon angle ne permet pas de raccourci. Je suis obligée de revenir sans appuyer jusqu’à ce que je sente ce qu’il me dit. Sur la feuille et non sur moi. C’est le creux du pied, le coup de pied et la plante qu’il aime tenir. Je m’empêche de la refaire. Je reste avec la même jusqu’à ce qu’un mieux me satisfasse. Je complimente mes voisines qui ont fait des escarpins et pars de la salle.

Le monde nous appartient

Trois moments d’une session passée aux Beaux-Arts de Paris.

On adore venir avant la prof. C’est si important que le métissage nous incite même à quelques chants comme un cri de guerre, un cri de ralliement qui ira barrer la route à tout étranger du cours.

Ici avec José, on aère, on regarde le ciel, on se vide la tête et on laisse remonter à l’esprit ce que le corps a vécu. Le modèle est à l’heure. La séance commence. Nous avons nos remparts. Il y a du Don Quichotte en peinture à l’huile. Des bouchers et des chirurgiens. Cela demande du temps avant de s’entendre. La salle chauffe, les personnes présentes souffrent. On cherche le souffle, l’étincelle. On refuse l’automatisme. C’est une course. S’entendre respirer un temps avant le modèle est un début de victoire.

On réouvre les fenêtres. On adore nettoyer et ranger le lieu. Ainsi on descend, ainsi on monte. On demande à sortir sans rien emporter. Avec les clés, on quitte une demie-heure après la prof, la salle du cours.

Paris, printemps 2016.

Dans son salon

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Les après-midis chez ma grand-mère maternelle. J’ai tout vu, tout entendu. Gingembre confit à l’apéritif, guacamole, poulet aux baies roses, tarte pure beurre de chez Picard. On est rationné autant que rassuré. Théâtre, expos, livres, trop de télévision, ma grand-mère me fait rire. Je dis Modigliani, elle me répond Venise. Je vois de la sculpture, elle entend de la musique. Plus j’avance en âge, plus je l’aime. C’est si décadent que j’en oublie le calme qui régnait avant de venir. Cela me donne des frissons. À chacune de mes visites, je crois réveiller des morts. Ses yeux bleus clairs sont somptueux, captivants, intelligents. Je suis fière de connaître une telle personne dans ma vie.

Conversation dans la salle de bain

… Arrêter de se compliquer l’esprit, arrêter de se prendre la tête. L’esprit est sain. Au travail, il y a une chose à connaître : l’uniforme est fourni. Quand j’étais esthéticienne, on se maquillait avec le maquillage mis sur le présentoir et quelque fois un bijou. Mais bien souvent, le bijou était réservé à la supérieure. Depuis l’expérience à Dijon, j’ai sorti de mon ventre un geste tendu vers moi. La dame qui peint en couleurs est venue me montrer sa bague avec des carrés de rouge et de bleu. Il faut montrer patte blanche. Un bijou fantaisie dans les marchés de jeunes créateurs, c’est bien. Dans un salon d’art contemporain de sélection à haut niveau, le partenaire officiel devient une gourmandise. À ce jour, il n’est pas juste de montrer sa garde robe et sa mise. Ici, seul le staff est autorisé à valoriser son goût en présentant son catalogue d’exposition. La phrase la plus entendue par la galeriste est peut-être, «je voudrais tout refaire». J’ai un collier qui demande un bracelet et sa bague. Une exposition me demande d’être déjà à autre chose. La joaillerie est une mine d’or en matière d’information. Le microscope grossissant la semi précieuse décuple le contact invisible avec les étoiles me ramenant à Superman et sa cousine Supergirl. De l’air venant du dessus de la couche d’ozone, c’est extra. La roche volcanique nous apprendrait comme un coquillage venant, lui, de la mer une vision intérieure susurrée à l’oreille. Le chemin en pensée descend dans le fond : je suis dans mon sous-marin. Je suis une femme, je me délasse dans la salle de bain avec mon coquillage. Il est un homme, il veut réfléchir au jardin à l’eau du bassin qui coule sur la roche. Je suis un poisson, il veut me pêcher. Il en a acheté, je veux le manger. Il me dit attend, quelque minutes après, les perles du collier apparaissent sur ma peau. L’eau s’est transformée en une autre eau. J’ai besoin de toucher les pages du livre où les manches retiennent l’eau des hommes qui pleurent. Le Dit du Genji de l’impératrice dispense du code de bonne conduite.

En conclusion, la mer sourit à ceux qui se lèvent tôt. L’objet me rappelle à mon travail.

 

Lee Louise, le fonctionnement

Lee Louise est un nom à la mode, il a quelque chose de masculin et s’il existe c’est que personne d’autre que moi ne pouvait l’inventer… sa venue a signé la fin d’un monde, le nouveau reste à naître.

Ici, Lee Louise reçoit un paquet d’objets trouvés qui mérite que l’on se penche sur terre. Je propose le parcours de personnes que l’on rêve de rencontrer. Ils ont des projets pleins la tête, en ont réalisés quelques uns et songent à partager le suivant déjà trop grand pour être un concept sans lendemain.

Nous ne sommes pas comme tout le monde, cela mérite du temps pour apprivoiser les grands sujets à la dimension d’une vie. J’espère rester aussi honnête que possible pour manifester aussi de mon parcours. En texte d’abord. En images sous différents supports en second. Impossible sans. Eux aussi fermeront et ouvriront les portes du ciel laissant apparaître ce qu’il y a encore à construire. Nous ne sommes pas pressés. Le proverbe « Rome ne s’est pas construite en un jour » a de beaux jours devant lui.

Third art est dans la classification des arts l’expression correspondant à la peinture et au dessin. On l’appelle aussi arts visuels. Parce qu’elle occupe une grande place dans ma vie, je l’utilise ici. Les premiers, architecture et sculpture, ne sont pas absents. Tout comme les suivants : la littérature, les arts de la scène et les arts médiatiques. Je ne dis pas en faire l’entièreté des sujets. Il est question de vase dans lequel arriver à contenir cette expression humaine. Avec un peu de liberté tout de même.

Bienvenue à vous.