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Question de style

J’ai testé ce week-end toutes mes couleurs. Nous sommes – à force de routine – à vouloir nous défaire de quelques automatismes. Les contrastes dans mon fond, j’en ai beaucoup. Alors je dois apporter quelque chose d’autre pour le changer. Et lui donner de la liberté. Je me sens naturellement portée par les harmonies. J’ai envie de nourrir mon univers par l’aquarelle. Le premier nuancier se voulait compliqué : couleurs froides et couleurs chaudes. C’était une erreur. J’ai vu la différence ensuite. Cela me permit d’éliminer les excès.

Concernant le nombre de couleurs et le nombre de rayons, je ne me suis pas laissée imposée le douze. Le nombre de rayons comme le nombre de directions fut le fruit d’un heureux hasard. Dans ma boîte de peintre, tout est là pour créer un moment magique.

Trente six couleurs au total. Trois cercles. Un premier pour les jaunes. Un deuxième pour les bleus. Un troisième pour les rouges. Arrivée à la fin, j’ai tracé les contours au feutre. Sa représentation me demande une nouvelle réponse au problème que j’ai à résoudre sur feuille. J’ai encore beaucoup à éliminer des automatismes pris avec mes carnets de croquis. Trop de traits, trop de charges. C’est un vrai travers que j’ai à intérioriser. Faire bon usage de ce qui est censé faire du bien à celui qui regarde la peinture, est-ce la vraie vie ? La fiction du quotidien, de la rue serait son introduction.

Depuis une volonté extérieure, cinq couleurs en trop m’ont donné envie de jeter sur feuille l’expression de ma personnalité.

Mue

Pour préparer la porte ouverte de l’école, il était demandé pour le cours de dessiner à main levée les travaux des élèves exposés. C’était étrange. Entre la copie et la sténo. Le voyeurisme ressenti reportait l’attention de l’œuvre à celui ou celle qui l’a produite sans dire à qui parler. On n’est jamais seul devant une œuvre. Je me suis posée beaucoup de questions sur certains. Je suis ce que je mange, je suis toi, je suis désolée d’être en vie. Le silence ne m’a pas parlé. En revanche, l’intériorité énormément.

Étude autour des mains (1)

TorsionsTension

Études réalisées à partir de postures de danse sacrée indienne. La codification des yeux et des mains est très intéressante quand elle doit être dirigée pour s’exprimer. C’est être un passeur. J’ai lu sur les danses et rituels du folklore. Inde, colonies des Îles, France, Italie, Angleterre, Belgique. J’y reviens car je sais qu’il y a quelque chose dans le présent qui m’y entraîne. Je crois pouvoir au moins contrôler cela : l’élan.

La chaussure du cours

La chaussure. Je change de place. On dirait que même l’heure d’arrivée est calculée. Il y a quelque chose de très snob. C’est bizarre, on n’est pas au lycée au sens officiel mais les plus jeunes atterrissent pour certains d’une salle voisine comme en rattrapage. Deux filles font les clowns, elles n’arrêtent pas de parler. Je suis à gauche d’une femme qui a à peu près mon âge. La consigne était de venir avec une chaussure. J’ai pris mes bottines. J’aurais préféré quelque chose que je n’ai pas : des escarpins. Tout sauf la basket.

Dans le premier temps, on met dans une vignette les différents angles de la chaussure. Se la représenter en 3 dimensions. Le prof est très encourageant. Cela évoque le modélisme. Et la numérisation. Je commence à mieux percevoir ce qu’il fait avec chacun. Il bouge en continu. Pour éviter d’accélérer le cours, il part de la salle. Il dit fumer mais ne sent pas la cigarette. Il sent très bon, c’est le deuxième cours, il a déjà pas mal transpiré. Il change souvent d’apparence, c’est très miroir comme comportement. Il est un peu nous tous. Ses yeux, il repart au début et change d’œil directeur. Il est sur nous et met tout le monde au même rythme.

Je suis avec ma chaussure certaine qu’elle rentre dans la feuille. J’applique la fenêtre au mot prêt et cela fonctionne à merveille. Mon dessin est trop grossier, je ne m’énerve pas. Il y a des motifs comme les écailles d’un crocodile. Je pense à Magritte et son tableau sur les chaussures-pieds et l’arbre. Je ne vois pas la même chose depuis mon modèle. Je vois ce crocodile monter et chatouiller mes dessus de pieds. Cela me démange de les masser pendant que je les dessine. Les plis qui se sont formés m’aident à créer des déserts. J’ai besoin d’aide. Je vois mon crocodile me quitter. Il ne me reste de lui que cette peau usée transformée en chaussures. Je trouve mon corps mou, ça ne va pas. Il y a du sable dans la tête et ces chaussures qui déforment mes pieds. Je mets un crayon plus gras, essaye d’oublier Alexandrine. Je n’ai pas trop besoin de prendre ce temps pour savoir ce que je représente. C’est après qu’il faut mettre pause sur le défilé des pensées qui sont venues en dessinant. Je voudrais la refaire.

Le prof arrive, s’assoie et me montre les 3 points qui l’intéresse. Je sens mon pied aller mieux. Il insiste sur la dimension, l’exactitude, les proportions. Mon angle ne permet pas de raccourci. Je suis obligée de revenir sans appuyer jusqu’à ce que je sente ce qu’il me dit. Sur la feuille et non sur moi. C’est le creux du pied, le coup de pied et la plante qu’il aime tenir. Je m’empêche de la refaire. Je reste avec la même jusqu’à ce qu’un mieux me satisfasse. Je complimente mes voisines qui ont fait des escarpins et pars de la salle.

Le monde nous appartient

Trois moments d’une session passée aux Beaux-Arts de Paris.

On adore venir avant la prof. C’est si important que le métissage nous incite même à quelques chants comme un cri de guerre, un cri de ralliement qui ira barrer la route à tout étranger du cours.

Ici avec José, on aère, on regarde le ciel, on se vide la tête et on laisse remonter à l’esprit ce que le corps a vécu. Le modèle est à l’heure. La séance commence. Nous avons nos remparts. Il y a du Don Quichotte en peinture à l’huile. Des bouchers et des chirurgiens. Cela demande du temps avant de s’entendre. La salle chauffe, les personnes présentes souffrent. On cherche le souffle, l’étincelle. On refuse l’automatisme. C’est une course. S’entendre respirer un temps avant le modèle est un début de victoire.

On réouvre les fenêtres. On adore nettoyer et ranger le lieu. Ainsi on descend, ainsi on monte. On demande à sortir sans rien emporter. Avec les clés, on quitte une demie-heure après la prof, la salle du cours.

Paris, printemps 2016.