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La femme des bois

Être dedans, puis en sortir. Petit miracle : découvrir qu’il en reste quelque chose sur la toile alors que le spectateur ne sait encore rien. J’ai travaillé Emmanuelle, le féminin de Jésus dit-on, en l’emmenant dans son désert, celui des bois et non des dunes. La barre représente le Té mais ne doit être que suggérée selon moi. J’ai voulu ce mouvement du vent dans le feuillage qui existerait et commencerait seulement à naître à l’esprit de cette femme. J’ai beaucoup pensé à Renoir et Berthe Morisot, deux guides humains aux peintures faites pour vivre sur terre et non en cage. Je ne prends aucune liberté avec mon sujet. Ce que je sais je le place, ce que j’ignore je le fait apparaître.

La femme des bois

Peinture à l’acrylique sur toile, 80 x 60 cm, 2017.

Nuit américaine

Célébrer le feuillu m’a inspiré un tour sous les arbres avant de rentrer. Je croyais être une girafe venue manger son repas de feuilles fraîches. Malgré la chaleur, un air frais passait par là et me fis lever le nez. J’ai cueilli quelques feuilles en pensant à Lugnasadh comme un rêve d’un très lointain pays. Je l’ai invité dans le lit, près de la tête comme pour l’entendre me parler de sa nuit en forêt. Divin.

Si j’étais elle

Aujourd’hui, les jeunes écrivains féminins, dans une certaine violence et une façon un peu brutale de s’exprimer, témoignent une volonté de démonter qu’elles peuvent faire aussi bien que les hommes. Or, ceux-ci écrivent depuis toujours d’une manière délicate et sensible, sans nécessairement intercaler des obscénités. Cette nouvelle génération de femmes a une réaction bien excusable, mais qui à mon avis n’est pas la meilleure qui soit.

Françoise Mallet-Joris, extrait d’une interview belge.

La part animale

Les croyances anciennes, certaines venues d’Éthiopie, m’ont fait m’intéresser il y a six-sept ans à Enki et Ninhursag, les dieux qui ont créé notre monde. J’aime ce qui est très ancré. L’histoire commence à Sumer de Samuel Noah Kramer m’avait passionnée. Les racines du ciel ou ses griffes ont dessiné les déserts et les océans. La terre s’est défendue… Enki et Ninhursag représentent cette lutte amoureuse. Nous venons d’eux, sommes visiteurs d’une création qui se respire. Au Louvre, on retrouve une inscription votive fragmentaire sur la naissance de l’écriture et le code des lois Ur-Namnu. C’est si présent que l’on croirait nos ancêtres venir d’une autre planète. Ce monument visible pourrait être un météore, qui sait, une roche volcanique polie. J’ai fais plusieurs voyages dans le temps ce printemps de 2012 où je regardais la vaisselle et les ustensiles de salle d’eau. J’oubliais cette vision de Dieu sous les traits d’un lion triste entouré d’yeux  extraite de la mythologie pour ne m’intéresser qu’aux divinités de la Mésopotamie. Noter quelque part vaisselle et roche extraterrestre m’avait ramené à la parade amoureuse des paons et autres animaux séducteurs. Les personnes en couple depuis près de vingt ans me confiaient aimer ces croyances car aucune autre ne sait être le ciment d’une vie heureuse. C’est peut-être une croyance ancienne éclusée mais je préfère la croire que ne rien croire. Je mangeais comme ce peuple beaucoup de fruits et de riz, courais dans la forêt, rêvais d’enfant et commençais à noter mes pensées comme un storyboard pour ne rien perdre de cette transe féminine. J’ai été malade par la suite, subis un avc très mal traité par une médecine moderne qui se vengeait sur moi de la médecine douce. J’ai beaucoup souffert. Il y a encore des trous dans ma mémoire qui dérangent. Alors je réouvre les carnets de cette période et – comme un champignon magique après la pluie – qui j’étais revient de manière fulgurante. La part animale a murie autour de moi, je la trouve moins noble. Les sumériens ont gardé mon intérêt. Ces photos me donnent envie de relire et revoir les parts manquantes avec un ami. C’est la poésie du bateau ivre de Rimbaud lu à 16 ans que l’on relit à 36 ans et plus. À suivre.

Bon lundi.

 

Photos prises au Louvre, à Orsay et au Grand Palais.

Dans son salon

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Les après-midis chez ma grand-mère maternelle. J’ai tout vu, tout entendu. Gingembre confit à l’apéritif, guacamole, poulet aux baies roses, tarte pure beurre de chez Picard. On est rationné autant que rassuré. Théâtre, expos, livres, trop de télévision, ma grand-mère me fait rire. Je dis Modigliani, elle me répond Venise. Je vois de la sculpture, elle entend de la musique. Plus j’avance en âge, plus je l’aime. C’est si décadent que j’en oublie le calme qui régnait avant de venir. Cela me donne des frissons. À chacune de mes visites, je crois réveiller des morts. Ses yeux bleus clairs sont somptueux, captivants, intelligents. Je suis fière de connaître une telle personne dans ma vie.

Se sentir vivante

Je voulais peindre autre chose…

Dans ma mémoire, il existe quelque part vers Bagatelle une baronne s’occupant de ses vignes. Elle laisse quelques jardiniers venir retirer ce que la nature rejette de son ventre. Les jardiniers ne s’avancent pas en direction de la maison. Après la tonte, une servante leur apporte des cafés et des financiers faits maison. Ils écoutent la dernière demande de la baronne : sélectionner dans la taille des hortensias des fleurs séchées. La servante repart avec le plateau et dans l’équipe des jardiniers une aide jardinière est choisie pour placer la faveur de la baronne sur le pallier de l’escalier. Il ne faut pas de bouquet. Il faut les éparpiller. La baronne a plus qu’une idée. Quelque fois une personne lui manque. Sortir une écharpe offerte par un disparu est réconfortant. La photo rend triste. Ce n’est pas un souvenir qu’elle peut toucher. L’écharpe si. Encore que. Ce jour-là elle doit être assez âgée pour se rendre compte que regarder les petits-enfants jouer lui interdit la nostalgie. Il lui faut comme eux un objet de courte durée qui lui montre une présence venant de l’intérieur si grande qu’elle laisse entr’apercevoir les aînés.

Un plant séché sur pied y arrive. La mémoire des morts invoquée quelque chose est là pour protéger la baronne. Elle ne demandera jamais autre chose que des hortensias. La peur de ne pas rester maîtresse dans sa maison est vite démasquée. À ses invités elle réserve un bouquet coupé le matin même. Les fleurs grandes ouvertes incitent à sortir sur la terrasse. Le vase est posé sur une table ronde dans l’entrée de la maison. On peut le voir sur deux façades depuis le jardin et l’entrée.

La grand-mère de l’aide jardinière faisait de même avec les amours en cage. Le fruit consommé la fleur était maintenue avant d’être suspendue avec du raffia. Cette tradition réserve une espérance de vie. Elle est à signer comme un contrat avec la maison. On pouvait voir la fleur dans la cuisine, au séjour, dans le bureau d’écriture et oubliée dans les poches d’un tablier.

En voyant les hortensias c’est un peut de mort à regarder. L’aide jardinière devine la baronne de l’autre côté de la porte. Comment ne pas se sentir vivante après cela.