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Bonne fête papa

Entrer dans le rôle de parent dans son symbole, dans sa réalité est transcendant. Ma tante a prise cette photo lors de mon baptême. Enroulée dans un gilet à capuche, ma main sur la manche de mon père, je devais regarder sur ma gauche sûrement l’un des invités. Il portait encore la barbe à cette époque mais s’est vite rasé pour ne plus que je pleure. Il est plus beau sans d’ailleurs. Je n’arrive toujours pas à faire son portrait. Son visage change et devient un autre visage à chaque dessin. Cette photo m’a été remise il y a quelques années. À cette période, Shining, l’enfant lumière, écrit par Stephen King faisait parti de ses lectures. Il voyait l’enfant comme le sauveur. La dernière génération née, il s’est mis à préférer les vieux. Bonne fête papa.

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Sortir de son trou

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Sortir de son trou 🙂

Les jours se succèdent, tous pareils malgré nos efforts pour animer notre petite communauté. Une vie monacale, la souffrance en plus, l’illumination en moins. Le même renoncement. La même contrainte de rythme immuables qui apaisent et qui oppressent. L’imaginaire d’un blessé, incarcéré par sa mutilation dans une chambre d’hôpital militaire pendant plusieurs mois, s’ordonne autour d’un petit nombre de pensées répétitives, rarement profondes et que d’autres trouveraient certainement obsessionnelles. La première tâche fut d’éliminer de notre champ de conscience tout ce qui pouvait rappeler que notre vie antérieure s’était normalement organisée autour de nos sens. La seconde, de nous interdire toute projection dans un avenir autre que celui des petits progrès quotidiens de mastication et de prononciation.
La chambre des officiers, de Marc Dugain (1998).

La loge d’artiste

Un texte et un tableau parlent.

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• fidélité

• vibration : ondes positives

• accomplissement

Est-ce que ce dessin a une raison d’être ? j’ai eu la nécessité de mettre en tête des indices, cela a forcément une raison d’être en-dehors d’un simple dessin.

* abandonner

* sacrifier la créativité

* scier en deux le mal

– du vert

– des pinceaux, des toiles en lin, de la cire

– des blancs, des silences de gare, de forêt, d’immeuble

Pendant ce temps-là, la loge d’artiste se construit.

Brochette de fruits

Je commence une nouvelle toile sur des fruits de saison. Il y a quelques années, j’ai découvert un livre d’aquarelle traitant de botanique. L’artiste peignait d’après nature des fleurs mais aussi des fruits qu’elle avait cueillis et cuisinés. Entre deux pages sur ses conceptions de la transparence et de la lumière, des brochettes de fruits apparaissaient comme une distraction au milieu d’une science exacte. J’ai adhéré au principe. Qu’est-ce qui voyage dans le temps ? Quelle est la mémoire et ce qu’on appelle aujourd’hui la mémoire vive ?

Parvenir à lier avec un savoir ancien et le transmettre jusqu’à nos jours passe par différentes phases de réflexions. J’ai beaucoup cherché dans la peinture à l’huile et à l’acrylique si cela avait déjà été fait. J’ai réfléchi sur la question d’aquarelle et me suis demandée si ces sujets étaient transposables. Il y a en peinture une grammaire à respecter. Elle est très difficile. Ce qui pourrait disparaître aussi vite après être apparu fini le plus souvent en pochade. C’est un vrai risque menant à une interprétation fausse de ce qui n’est qu’une « saisie ». Un peintre n’est pas un scripte. Un dessinateur s’en rapproche.

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Noter ou annoter ce qui donne à une journée sa lumière, sa température, est un repère sur ses progrès. On peut mesurer l’intérêt que porte l’artiste à cette journée au désir qu’il a d’être à sa peinture. Moi artiste, je dis : « faites que cette journée soit immortelle ». Il y a toujours un message. La grossièreté est de souvent cataloguer une oeuvre dans un registre quand la réflexion de l’artiste est détaché de sa peinture. Cela donne des choses assez vivantes et remarquées. Je ne suis pas à dire que la mode créée l’information par effet de répétition. Mais en peinture il arrive que l’on relève des oublis.

La trouée dans le temps va aspirer le peintre et lui donner son élan nécessaire. Ainsi répéter, mâcher, rabâcher est une ligne de conduite observée. Nous formons un maillon de la chaîne humaine et dans le temps et dans l’espace. L’errance ne peut subsister indéfiniment et le vague à l’âme de l’artiste à ne plus savoir ce qui fait notre époque finirait pas n’être qu’une perte de temps. Chaque jour tout est à refaire, à redéfinir.

Peut-être dans trois mois je penserai autrement. Qui sait.

Nuit américaine

Célébrer le feuillu m’a inspiré un tour sous les arbres avant de rentrer. Je croyais être une girafe venue manger son repas de feuilles fraîches. Malgré la chaleur, un air frais passait par là et me fis lever le nez. J’ai cueilli quelques feuilles en pensant à Lugnasadh comme un rêve d’un très lointain pays. Je l’ai invité dans le lit, près de la tête comme pour l’entendre me parler de sa nuit en forêt. Divin.

Le tic tac de l’éveillé

installation du poste de travail - part two
Entrer une légende

À l’horloge, il est onze heures. J’enlève les papiers qui n’ont rien à faire sur la table de travail. Je sors vite une toile, met le lutrin faisant office de chevalet et prépare les couleurs. Je change souvent tout de place. Je sais que je vais gagner de la vitesse. La locomotive lancée quelques obstacles permettent de se rapprocher d’un intercité . Ici, ce n’est que pour la photo. En vrai, c’est un peu plus dégagé. Il y a du monde que j’invite sur ma peinture. Se sont des vivants. De partout, sans distinction d’âge. Uniquement des femmes. Le seul homme a avoir droit de cité est le mien. Je n’ai aucun humour avec la mort, c’est souvent une danse sans fin pour l’encercler avant de la renvoyer d’un coup de talon aux enfers. Je refuse de la laisser gagner. Il faut des vivants en masse pour la contrer. La bulle à créer pour que rien ne nous sépare est immense.  Je me dis souvent que – quand il faut se déplacer – l’atelier ressemble à une loge et qu’arriver à transporter l’âme de chez nous dans un autre lieu n’est pas gratuit. Beaucoup de peintres ont mués avec le numérique. La DV à peine saisie avant de servir au cinéma comme un second souffle de la nouvelle vague aurait après des années de tests trouvée son mode d’emploi par les artistes qui ont bien voulu travailler avec cet outil. Je me doute que la peinture paraît être un grain de poussière dans le système informatique. L’apparence est trompeuse. La peinture sert les artistes et ce qui peuple leur tête fait des rêves dans les chambres adolescentes, puis le séjour des adultes. Je n’ai pas lu Sam Shepard avant vingt ans et ne suis pas née américaine mais quand je l’ai connu par Wim Wenders et que je vis la collaboration avec Viggo Mortensen, je vis à quel point le monde est petit quand nous aimons les mêmes choses. Peut importe si la peinture semble disparaître, j’adore les arts plastiques et par cette matière très scolaire j’ai aimé beaucoup de métiers qu’elle a fait naître. Infographiste, architecte d’intérieur, scénographe, commissaire priseur tissant son fil d’Ariane en priant le secours de toutes les petites et grandes déesses qui ont motivé son dessein d’indépendance et de dignité humaine.

Rester à l’écart de l’oeil du cyclone quand démarre l’attraction terrestre à l’intérieur du corps devient Athéna guidant Ulysse de l’ancien au nouveau monde, Marie baignant l’enfant pour premier baptême, Daphné se transformant en arbre.

La transmission de femme à femme continue de voir le jour. J’ai été formée par un homme. La femme m’a fabriquée, l’homme m’a éduqué. Le contrat est rempli.

Au bois dormant

Se perdre dans l’espace, telle était la phrase que j’ai pu entendre cette semaine. Arrivée à dimanche avec une semaine chargée entre Paris et Versailles, je suis trop heureuse de faire quelques pas en forêt. Il n’est pas neuf heures, ce qui m’arrange. Le « bonjour » après dix heures m’énerve. Deux cyclistes tentent une côte en faisant le brief des incivilités au volant. Quelques dames promènent un chien. Je suis occupée à chercher des primevères. Je suis déçue car les feuilles sont à peine sorties. Je m’en remets aux arbres et regarde ceux qui se sont réveillés. Le bouleau que je croise à de multiples reprises se porte très bien. Il en est un qui me fait revenir en arrière. Je sais avoir manqué quelque chose mais n’arrive pas à savoir quoi. L’arbre est rempli de branches mortes. La lumière du soleil se reflète sur son bois. Je touche son tronc pour savoir comment il va. Tout à l’air d’aller mais quelque chose ne va pas. Je commence à retirer une branche morte. Puis une deuxième. Elles sont petites pourtant elles semblent une gêne en moins sur lui. J’en enlève de plus grandes avant de reculer et de constater ce qui arrive. L’arbre n’a rien de sauvage. Il a tout d’un arbre civilisé. Ses différents troncs qui partent sans doute de rejets s’enlacent. J’en vois deux sur ma gauche et deux autres devant allant sur la droite. Ils le font si haut que mon coeur se lève. C’est du Camille Corot. Cela me met en transe. Il y a une assurance et une légèreté qui m’empêche de partir comme si rien ne s’était passé. En m’en allant, je croise à nouveau les dames qui m’ont vues. Elles me disent que plus bas il y a de toutes petites fleurs sur un noisetier si je veux continuer à étudier les arbres. Un noisetier a des chatons mais je veux bien voir. En voyant de quoi elles me parlent je me rends compte qu’il s’agit d’un chèvrefeuille déjà démarré. C’est amusant ce je sais et je ne sais pas en même temps. Je rentre avec un morceau de l’écorce du bouleau et achète des noisettes pour l’apéro. On va encore dire que je perds mon temps mais je n’en crois rien.

La part animale

Les croyances anciennes, certaines venues d’Éthiopie, m’ont fait m’intéresser il y a six-sept ans à Enki et Ninhursag, les dieux qui ont créé notre monde. J’aime ce qui est très ancré. L’histoire commence à Sumer de Samuel Noah Kramer m’avait passionnée. Les racines du ciel ou ses griffes ont dessiné les déserts et les océans. La terre s’est défendue… Enki et Ninhursag représentent cette lutte amoureuse. Nous venons d’eux, sommes visiteurs d’une création qui se respire. Au Louvre, on retrouve une inscription votive fragmentaire sur la naissance de l’écriture et le code des lois Ur-Namnu. C’est si présent que l’on croirait nos ancêtres venir d’une autre planète. Ce monument visible pourrait être un météore, qui sait, une roche volcanique polie. J’ai fais plusieurs voyages dans le temps ce printemps de 2012 où je regardais la vaisselle et les ustensiles de salle d’eau. J’oubliais cette vision de Dieu sous les traits d’un lion triste entouré d’yeux  extraite de la mythologie pour ne m’intéresser qu’aux divinités de la Mésopotamie. Noter quelque part vaisselle et roche extraterrestre m’avait ramené à la parade amoureuse des paons et autres animaux séducteurs. Les personnes en couple depuis près de vingt ans me confiaient aimer ces croyances car aucune autre ne sait être le ciment d’une vie heureuse. C’est peut-être une croyance ancienne éclusée mais je préfère la croire que ne rien croire. Je mangeais comme ce peuple beaucoup de fruits et de riz, courais dans la forêt, rêvais d’enfant et commençais à noter mes pensées comme un storyboard pour ne rien perdre de cette transe féminine. J’ai été malade par la suite, subis un avc très mal traité par une médecine moderne qui se vengeait sur moi de la médecine douce. J’ai beaucoup souffert. Il y a encore des trous dans ma mémoire qui dérangent. Alors je réouvre les carnets de cette période et – comme un champignon magique après la pluie – qui j’étais revient de manière fulgurante. La part animale a murie autour de moi, je la trouve moins noble. Les sumériens ont gardé mon intérêt. Ces photos me donnent envie de relire et revoir les parts manquantes avec un ami. C’est la poésie du bateau ivre de Rimbaud lu à 16 ans que l’on relit à 36 ans et plus. À suivre.

Bon lundi.

 

Photos prises au Louvre, à Orsay et au Grand Palais.