Étiquette : rêverie

Love in blue

Collage de fin d’été sur les projets à courts termes.

Quelques revues de voyages, de cuisine, de la presse féminine ou masculine (chacun son territoire).

Une feuille A3.

De la colle.

Et 2 heures pour s’y consacrer.

Attention aux mirages. Il n’y a pas de miracles.

Ne pas s’attacher à l’image forcément. Solliciter son sens pour les couleurs, les associer, les formes allant ensemble. Comme au poker, faire des paires, des quintes… Il s’agit de faire valoir dans l’avenir ses réussites personnelles. Il s’agit de sortir des rails et de voir où cela pêche. Après choix, ce qui bloque part à la poubelle. Ce qui subsiste va sur la feuille. Tout le temps des choix sont à faire, tout le temps des décisions sont à prendre. On en n’a même plus conscience. Les projets à courts termes parasitent ceux à moyens termes. Les cibler, c’est faire un résumé.

Celui-ci date de 2014. Aujourd’hui, j’en suis à faire des plus urbains, avec beaucoup de versos de pages, du texte et du Jean m’en foutre.

Au bois dormant

Se perdre dans l’espace, telle était la phrase que j’ai pu entendre cette semaine. Arrivée à dimanche avec une semaine chargée entre Paris et Versailles, je suis trop heureuse de faire quelques pas en forêt. Il n’est pas neuf heures, ce qui m’arrange. Le « bonjour » après dix heures m’énerve. Deux cyclistes tentent une côte en faisant le brief des incivilités au volant. Quelques dames promènent un chien. Je suis occupée à chercher des primevères. Je suis déçue car les feuilles sont à peine sorties. Je m’en remets aux arbres et regarde ceux qui se sont réveillés. Le bouleau que je croise à de multiples reprises se porte très bien. Il en est un qui me fait revenir en arrière. Je sais avoir manqué quelque chose mais n’arrive pas à savoir quoi. L’arbre est rempli de branches mortes. La lumière du soleil se reflète sur son bois. Je touche son tronc pour savoir comment il va. Tout à l’air d’aller mais quelque chose ne va pas. Je commence à retirer une branche morte. Puis une deuxième. Elles sont petites pourtant elles semblent une gêne en moins sur lui. J’en enlève de plus grandes avant de reculer et de constater ce qui arrive. L’arbre n’a rien de sauvage. Il a tout d’un arbre civilisé. Ses différents troncs qui partent sans doute de rejets s’enlacent. J’en vois deux sur ma gauche et deux autres devant allant sur la droite. Ils le font si haut que mon coeur se lève. C’est du Camille Corot. Cela me met en transe. Il y a une assurance et une légèreté qui m’empêche de partir comme si rien ne s’était passé. En m’en allant, je croise à nouveau les dames qui m’ont vues. Elles me disent que plus bas il y a de toutes petites fleurs sur un noisetier si je veux continuer à étudier les arbres. Un noisetier a des chatons mais je veux bien voir. En voyant de quoi elles me parlent je me rends compte qu’il s’agit d’un chèvrefeuille déjà démarré. C’est amusant ce je sais et je ne sais pas en même temps. Je rentre avec un morceau de l’écorce du bouleau et achète des noisettes pour l’apéro. On va encore dire que je perds mon temps mais je n’en crois rien.

La chaussure du cours

La chaussure. Je change de place. On dirait que même l’heure d’arrivée est calculée. Il y a quelque chose de très snob. C’est bizarre, on n’est pas au lycée au sens officiel mais les plus jeunes atterrissent pour certains d’une salle voisine comme en rattrapage. Deux filles font les clowns, elles n’arrêtent pas de parler. Je suis à gauche d’une femme qui a à peu près mon âge. La consigne était de venir avec une chaussure. J’ai pris mes bottines. J’aurais préféré quelque chose que je n’ai pas : des escarpins. Tout sauf la basket.

Dans le premier temps, on met dans une vignette les différents angles de la chaussure. Se la représenter en 3 dimensions. Le prof est très encourageant. Cela évoque le modélisme. Et la numérisation. Je commence à mieux percevoir ce qu’il fait avec chacun. Il bouge en continu. Pour éviter d’accélérer le cours, il part de la salle. Il dit fumer mais ne sent pas la cigarette. Il sent très bon, c’est le deuxième cours, il a déjà pas mal transpiré. Il change souvent d’apparence, c’est très miroir comme comportement. Il est un peu nous tous. Ses yeux, il repart au début et change d’œil directeur. Il est sur nous et met tout le monde au même rythme.

Je suis avec ma chaussure certaine qu’elle rentre dans la feuille. J’applique la fenêtre au mot prêt et cela fonctionne à merveille. Mon dessin est trop grossier, je ne m’énerve pas. Il y a des motifs comme les écailles d’un crocodile. Je pense à Magritte et son tableau sur les chaussures-pieds et l’arbre. Je ne vois pas la même chose depuis mon modèle. Je vois ce crocodile monter et chatouiller mes dessus de pieds. Cela me démange de les masser pendant que je les dessine. Les plis qui se sont formés m’aident à créer des déserts. J’ai besoin d’aide. Je vois mon crocodile me quitter. Il ne me reste de lui que cette peau usée transformée en chaussures. Je trouve mon corps mou, ça ne va pas. Il y a du sable dans la tête et ces chaussures qui déforment mes pieds. Je mets un crayon plus gras, essaye d’oublier Alexandrine. Je n’ai pas trop besoin de prendre ce temps pour savoir ce que je représente. C’est après qu’il faut mettre pause sur le défilé des pensées qui sont venues en dessinant. Je voudrais la refaire.

Le prof arrive, s’assoie et me montre les 3 points qui l’intéresse. Je sens mon pied aller mieux. Il insiste sur la dimension, l’exactitude, les proportions. Mon angle ne permet pas de raccourci. Je suis obligée de revenir sans appuyer jusqu’à ce que je sente ce qu’il me dit. Sur la feuille et non sur moi. C’est le creux du pied, le coup de pied et la plante qu’il aime tenir. Je m’empêche de la refaire. Je reste avec la même jusqu’à ce qu’un mieux me satisfasse. Je complimente mes voisines qui ont fait des escarpins et pars de la salle.