Étiquette : visite guidée

Mue

Pour préparer la porte ouverte de l’école, il était demandé pour le cours de dessiner à main levée les travaux des élèves exposés. C’était étrange. Entre la copie et la sténo. Le voyeurisme ressenti reportait l’attention de l’œuvre à celui ou celle qui l’a produite sans dire à qui parler. On n’est jamais seul devant une œuvre. Je me suis posée beaucoup de questions sur certains. Je suis ce que je mange, je suis toi, je suis désolée d’être en vie. Le silence ne m’a pas parlé. En revanche, l’intériorité énormément.

Le monde nous appartient

Trois moments d’une session passée aux Beaux-Arts de Paris.

On adore venir avant la prof. C’est si important que le métissage nous incite même à quelques chants comme un cri de guerre, un cri de ralliement qui ira barrer la route à tout étranger du cours.

Ici avec José, on aère, on regarde le ciel, on se vide la tête et on laisse remonter à l’esprit ce que le corps a vécu. Le modèle est à l’heure. La séance commence. Nous avons nos remparts. Il y a du Don Quichotte en peinture à l’huile. Des bouchers et des chirurgiens. Cela demande du temps avant de s’entendre. La salle chauffe, les personnes présentes souffrent. On cherche le souffle, l’étincelle. On refuse l’automatisme. C’est une course. S’entendre respirer un temps avant le modèle est un début de victoire.

On réouvre les fenêtres. On adore nettoyer et ranger le lieu. Ainsi on descend, ainsi on monte. On demande à sortir sans rien emporter. Avec les clés, on quitte une demie-heure après la prof, la salle du cours.

Paris, printemps 2016.

La chute de l’empire roman

Le texte pourrait être affiché sur un mur. On ferait des sauts dans les creux pour arriver à tout déchiffrer. Il y aurait des briques enfoncées qui diraient la lettre manquante. Dans une craie la barre lance des morceaux de ce qui sort d’ailleurs. Alors part le calcaire et le blanc venu d’un sous sol. Il vient révéler la petite fente qui descend et descend dans les souterrains. Il y a des rivières et des crevasses qui vont si loin dans les profondeurs que nous n’en finissons plus de voir le calcaire passer du blanc au noir. Nous sommes sous une autre couche. Les strates d’un marbre sont ceux d’une ardoise en plus concassé. On met dans notre tête nos sacs et nos valises. Nous sommes partis pour un passage dans le côté de la terre allant vers le noir. Nous n’en finissons plus de descendre. Il y a quelque part un reflet montrant la fin. On se met à ralentir dans notre tête. La peur s’éteindra. Et la colère monte comme une barrière donner ses ordres. Alors il y a un chef. C’est une gargouille. Le passage de la Renaissance au Gothique fait partir trois pas en arrière. On continue ou on avance ? On recule. Il y a encore trop de personnes à laisser tomber. Il en faut plus qui iront se sacrifier en disant vive l’époque Romane.

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